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Le ciel, espace de bruit et de violence, crie. Les grands nuages moléculaires se fissurent pour accoucher de nouveaux astres, les étoiles usées d’avoir trop brillé explosent en supernovae, les pulsars craquent, tremblent  et cliquètent en tournoyant, les galaxies font gicler leur gaz en immense jets de millions d’années-lumière.

Tout ceci est bien sûr métaphorique. Les ondes acoustiques ne se propagent pas dans le quasi-vide interstellaire. Mais les ondes électromagnétiques – lumière visible ou invisible à nos yeux – nous parviennent des astres les plus lointains, et jouent le rôle du son.Le cri du ciel est un cri de lumière.

Les astronomes ont des oreilles géantes pour écouter le ciel, enregistrer son cri. Ils ont d’abord construit des télescopes pour capturer la lumière visible ; puis ils ont inventé les radiotélescopes, ils ont lancé en orbite, au-dessus de l’atmosphère, des détecteurs de rayonnement X, gamma et infrarouge. Si l’oeil humain ne perçoit que deux octaves de rayonnement électromagnétique, les instruments modernes en détectent cinquante-deux. Le magnétophone de l’astronome embrasse aujourd’hui tout le spectre. C’est comme si l’on pouvait écouter tous les sons de la planète : un arbre qui craque dans la forêt de Sibérie, un robinet qui fuit dans un appartement de San Francisco, une sagaie qui siffle dans une vallée de la Nouvelle-Guinée.

Tristan Clais n’est pas astronome, il est musicien. Il a pourtant capté les cris de l’espace. Peut-être les a-t-il rêvés, peut-être a-t-il puisé ce que l’on appelle stupidement, par ignorance, l’inspiration, dans les compte-rendus souvent laborieux d’astronomes en mal de communication médiatique. Peu importe car sa musique est bien à l’image des astres : violente, hoquetante, incessamment recommencée. Parfait reflet de l’astronomie moderne, qui a dévoilé la fureur cosmique et renvoyé la fragile harmonie des sphères de Pythagore et de Képler dans la cohorte des illusions d’une humanité innocente et ignorante.

Amusons nous quelques lignes... La composition intitulée Cygnus X-7 fait référence à l’étoile double Cygnus X-1, qui crache furieusement des rayons X car elle abrite vraisemblablement un trou noir. J’y entends un sifflement stridant, persistant, exaspérant ; peut-être le trou noir qui grignote obtinément son étoile, comme l’araignée sa proie. Cascades pianistiques : le gaz dégringole et s’engouffre en jetant ses derniers feux. Certains mystiques, nostalgiques du Dante, y entendraient sans doute les gémissements d’âmes englouties.

Ces impressions et commentaires n’ont strictement aucun intérêt. La musique est là, seule, essence pure. L’univers n’est pas confortable, la musique de Clais non plus. Mais c’est notre univers, c’est notre musique. Il faut savoir les reconnaître et les contempler. Chercher à comprendre leur structure, chercher à comprendre ce que l’homme vient faire dans cette « histoire de fous racontée par un idiot ».Puis, oublier tout cela, et ne plus laisser fonctionner que la peau, les nerfs, le coeur, les serviteurs physiques. Car l’être est dans ce lieu mystérieux – minuscule mais ô combien important – où se niche la sensibilité... Une nouvelle harmonie est enfouie dans ce glorieux éparpillement des sons et des rythmes, dans cette incessante fécondation des étoiles par les étoiles, des sons par les sons.

Ecoutez.

Jean-Pierre LUMINET          Astrophysicien           1987

                                              

 

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